Mulhouse : du fluvial et un espace logistique de proximité pour décarboner les livraisons

La charte InTerLUD+, dont la signature est attendue à Mulhouse en octobre, doit précéder le lancement en 2026 des livraisons fluviales par ULS, puis l’entrée en service, début 2027, d’un espace logistique de proximité en centre-ville.

Parmi les villes du Grand Est ayant lancé un programme d’action sur la logistique urbaine, Mulhouse se distingue par le fait que c’est la municipalité, et non la communauté d’agglomération, qui s’est engagée dans le programme InTerLUD+ en avril 2024. La ville avait déjà mené une réflexion sur la logistique urbaine au cours de l’année 2023, assistée par un groupement autour du cabinet spécialisé Logicités, qui lui a permis de construire en 2024 un premier plan d’action.

Faire de la logistique urbaine un levier d’attractivité pour le centre-ville

L’implication de la ville sur ce sujet n’est pas sans lien avec sa volonté de développer l’attractivité de son centre-ville – en particulier, son attractivité commerciale. Cela passe, avant tout, par des travaux d’aménagements urbains visant à le rendre plus agréable, tel que l’élargissement du secteur piétonnier et la création de voies de mobilité douce. Mais cela passe donc aussi, pour la ville, par un travail sur les livraisons afin de rendre leur cohabitation plus harmonieuse avec les habitants, les chalands et les commerçants.

Intervention de Philippe Trimaille, adjoint au maire de Mulhouse, lors d'un atelier InTerLUD+Le travail effectué en amont de l’adhésion à InTerLUD+ a permis à Mulhouse d’avancer très vite sur la voie d’une charte de logistique urbaine, qui doit être présentée dès septembre aux acteurs économiques ainsi qu’au conseil municipal avec l’objectif d’une signature officielle dans le courant du mois d’octobre. Lors d’une réunion d’échanges avec les professionnels début juillet, Philippe Trimaille, adjoint au maire chargé notamment du commerce, a insisté sur la nécessité d’une implication volontaire des différents acteurs privés, en complément de l’engagement des pouvoirs publics : « On ne veut obliger personne ; par contre, on en appelle à la bonne volonté de tous pour avancer ensemble vers quelque chose qui est collectivement souhaitable. »

Au-delà des transporteurs et logisticiens directement impliqués dans l’organisation et la réalisation des livraisons, la municipalité a accordé une attention particulière aux commerçants de centre-ville. Ceux-ci ont été spécifiquement associés aux réflexions, en tant que bénéficiaires de ces livraisons, mais aussi comme acteurs directement impactés par les nuisances qui en découlent, tant pour eux-mêmes que pour leurs clients : encombrement de l’espace urbain, bruit, conflits, risques d’accidents, etc.

Philippe Trimaille rappelle que les enjeux logistiques sont au cœur des questions d’attractivité des centres-villes : « Aujourd’hui, on sait que le commerce est en crise, du fait du changement des habitudes de consommation. Ça veut dire que nous devons travailler au maximum à l’attractivité du centre-ville et donner envie d’y venir et d’y consommer. Dans cette attractivité, il y a évidemment la qualité de l’environnement urbain dans lequel on va se trouver. C’est à cela que doit contribuer une régulation de la logistique urbaine, de sorte à ce qu’elle génère le moins de nuisances possibles. »

Apporter de nouveaux services de logistique urbaine durable :
en bateau et à vélo...

« Les modifications qui pourraient intervenir en matière de livraisons inquiètent parfois les professionnels, admet Céline Castaldini, cheffe de projet Attractivité et marketing territorial de la ville de Mulhouse. Les reports de trafic sur de nouveaux modes, tels que le fluvial ou le vélo cargo, doivent se faire sans mettre ni les entreprises ni les habitants en difficulté. C’est pourquoi nous faisons tout pour que cette nouvelle organisation ne soit pas un simple changement de réglementation ou un surplus de contraintes, mais soit véritablement pourvoyeuse de solutions et de services supplémentaires. »

En matière de solutions articulant le fluvial et le vélo cargo, Mulhouse devrait justement emboîter le pas à la capitale alsacienne. La société strasbourgeoise ULS a, en effet, été retenue suite à l’appel à projet lancé en 2023 par Voies navigables de France (VNF) et la ville de Mulhouse. Elle finalise actuellement la mise en œuvre d’un service analogue à celui qu’elle propose depuis déjà quelques années à Strasbourg. Il consistera en une massification utilisant le canal du Rhône au Rhin depuis l’Île-Napoléon jusqu’au quai d’Isly, puis des livraisons à vélo à assistance électrique en cœur de ville. « La logistique urbaine fluviale “bas carbone” doit prendre toute sa place à Mulhouse » insiste la maire de Mulhouse, Michèle Lutz. ULS a pris du retard dans la mise en œuvre de son service par rapport à son calendrier prévisionnel qui prévoyait un démarrage en 2024. Celui-ci devrait finalement entrer en phase opérationnelle en début d’année prochaine.

…et au travers d’un espace logistique de proximité

Le projet de la ville de Mulhouse prévoit également la création d’un espace logistique de proximité (ELP) en centre-ville. Le site pressenti est celui d’une ancienne miroiterie, à proximité du marché. Ce lieu servira d’espace de stockage avancé, pour des livraisons à la demande par petits lots. Il sera aussi utile pour la logistique retour et pourra être mis à profit pour la recharge de véhicules électriques.

Après la signature de la charte InTerLUD+, il restera à compléter les études techniques pour s’assurer de la faisabilité et du coût de cet espace logistique de proximité. L’appel à projets ne sera probablement lancé qu’après les élections municipales, pour une mise en service début 2027.

Photo : © Arnaud Bouissou / Terra ; N. Boidevezi / DREAL Grand Est