
Lorraine Multi Hubs, qui regroupe Rhenus, Modalis, MGE et le port de Dunkerque, exploite désormais les 5 ports publics de Toul, Nancy, Metz, Thionville et Cattenom. Cette concession lui a été octroyée par Ports de Lorraine, la nouvelle filiale portuaire de VNF qui chapeaute les 34 plateformes fluviales de l’axe mosellan totalisant un trafic fluvial annuel de près de 5 millions de tonnes.
Depuis le 1er janvier 2026 et pour une durée de 15 ans, les cinq ports publics des départements de Moselle et de Meurthe-et-Moselle, depuis Toul (54) jusqu’à Cattenom (57) en passant par Nancy-Frouard, Metz et Thionville-Illange, ont été confiés à un nouvel opérateur privé : Lorraine Multi Hubs (LMH).
L’actionnaire majoritaire de ce nouveau groupement est Rhenus Partnership France (ex-CFNR Transport), qui était déjà concessionnaire jusqu’en fin d’année dernière des ports lorrains. Sont également associés à LMH : Terminaux multimodaux, filiale du groupe aixois Modalis (20 %), le transporteur vosgien MGE Intermodal (5 %) et le Grand Port maritime de Dunkerque (5 %).
Filiale portuaire de VNF : une première !
Pour concéder ces cinq ports de la Moselle canalisée, Voies navigables de France (VNF) a mis en place un nouveau schéma de gouvernance avec la création d’une filiale portuaire : Ports de Lorraine SAS. Il s’agit d’une première pour VNF, l’établissement public de l’État chargé de la gestion des fleuves et canaux et de l’espace public sur lequel sont installés les ports fluviaux.
Cette filiale à 100 % de VNF, créée en septembre 2025 et basée à Nancy, regroupe au total 34 plateformes portuaires situées sur 22 communes différentes, dont les plateformes des cinq ports concédés à LMH.
C’est désormais Ports de Lorraine SAS qui portera les investissements dans les infrastructures portuaires prévus par VNF et financés par l’État, la Région Grand Est et l’Union européenne, ainsi que par les revenus qui lui seront directement apportés par les utilisateurs des ports. En effet, leurs redevances seront directement collectées au niveau local par la nouvelle filiale, et non par l’établissement public.
30 M€ d’investissements prévus sur 5 ans
Au total, 30 millions d’euros d’investissements sont prévus pour la période 2026-2030. Ils concernent des quais fluviaux, des terre-pleins, des bornes électriques ou encore des infrastructures ferroviaires. Ces dernières constituent une priorité stratégique pour faire des ports fluviaux de l’axe mosellan de véritables plateformes trimodales.
Il est ainsi prévu l’amélioration des accès ferroviaires aux plateformes de Nancy-Frouard (photo ci-contre) et du Nouveau Port de Metz, où le faisceau d’attente sera élargi et allongé pour accueillir des trains plus longs et plus nombreux. À Thionville-Illange, il s’agira de restaurer l’accès ferroviaire qui est actuellement hors d’usage.
Ces investissements, désormais portés par la filiale de VNF Ports de Lorraine, avaient été concertés et définis avec la Région et les collectivités locales dans le cadre de la gouvernance antérieure. « Ce programme bénéficie de cofinancements de la Région Grand Est et de l’État (CPER), ainsi que de l’Union européenne dans le cadre du projet MOMMA “Amélioration de la Moselle canalisée : création d’une infrastructure à grand gabarit pour le double usage civil-défense”, au même titre que les investissements nécessaires à la mise en téléconduite des écluses de la Moselle », précise VNF dans un communiqué.
De son côté, Lorraine Multi Hub doit investir dans les équipements de manutention qu’il exploitera. Le nouveau concessionnaire a prévu pour cela une enveloppe de 10 millions d’euros.
Du SMO à la filiale portuaire
Avec sa filiale « Ports de Lorraine », VNF inaugure un nouveau mode de gouvernance pour la mise en concession des ports publics. Historiquement, le domaine public fluvial était concédé directement par l’État, ou via son établissement public VNF depuis 1991. Les concessions, d’une durée habituelle de 30 ans, étaient le plus souvent accordées aux chambres de commerce et d’industrie (CCI) locales.
L’exemple de Mulhouse et Colmar
Il y a quelques années, c’est déjà en Grand Est que VNF, profitant de la fin des concessions historiques, avait opté pour un nouveau type de gouvernance des concessions portuaires en créant deux syndicats mixtes ouverts (SMO) pour les ports du Sud Alsace en 2017 et pour celui de Colmar-Neuf-Brisach en 2018. Chaque SMO, nouvelle autorité concédante, regroupe VNF, la Région, la CCI et l’intercommunalité locale concernée.
C’est ensuite à une Société d’économie mixte à opération unique (Semop) que chaque port a été concédé. À Mulhouse, c’est le manutentionnaire bâlois Swissterminal (filiale de Dubai Ports World) qui mène le groupement retenu. À Colmar, la Semop est dirigée par le groupe allemand de transport fluvial Rhenus.
Un périmètre élargi en Lorraine
Sur l’axe mosellan, jusqu’en 2018, les CCI qui exploitaient, directement ou au travers des filiales, les principaux ports concédés par l’État puis par VNF. Le passage à un modèle associant SMO et Semop, prévu initialement en 2018, n’a pas pu aboutir comme ce fut le cas dans le Haut‑Rhin.
Le SMO des Ports Lorrains, regroupant la Région Grand Est et VNF, a finalement renoncé à confier l’exploitation des ports à une Semop et a finalement accordé, en 2020, une concession de courte durée à Rhenus Partnership France, en attendant de mettre en place un modèle de gestion pérenne. Avec la création de la filiale Ports de Lorraine SAS et de Lorraine Multi Hub, prennent fin cette concession tout comme le SMO, dissous fin 2024.
Une nouvelle stratégie portuaire nationale de VNF
« Le nouveau modèle concessif, basé sur une filiale locale, correspond à une évolution de la stratégie portuaire nationale ayant fait l’objet d’une délibération en conseil d’administration de VNF », indique Xavier Lugherini, adjoint au chef de service développement de la Direction territoriale Nord-Est de VNF.
Ce choix, issu des retours d’expériences précédents, correspond aussi à regrouper les ports dans une logique d’axe, selon un mouvement qui est aussi à l’œuvre pour l’hinterland des ports maritimes. Les ports du Havre, de Rouen et de Paris, par exemple, ont amorcé leur collaboration en 2009 avant de fusionner en 2021 dans un établissement public unique nommé Haropa.
« La mise en œuvre de cette stratégie à l’échelle des ports lorrains a été préparée avec la Région Grand Est, qui, bien que n’étant pas actionnaire de la filiale de VNF Ports de Lorraine, est un partenaire de premier plan associé à sa gouvernance ainsi qu’au financement des infrastructures portuaires, précise Xavier Lugherini. Les collectivités locales seront associées à la gouvernance des ports à travers un comité de développement qui se réunira dans les mois à venir. »
De prochaines filiales portuaires ?
Les prochains ports dont la concession expire seront ceux de la Saône en Bourgogne-Franche-Comté : Mâcon, Chalon‑sur‑Saône et Pagny. Un appel à candidatures est en cours pour la mise en concession de l’exploitation à partir de janvier 2027.
« La création de cette première filiale portuaire [Ports de Lorraine] ouvre la voie à de futures discussions concernant les ports de l’axe Saône (Chalon‑sur‑Saône, Mâcon et Pagny), et peut-être sur le réseau des Hauts-de-France », indique le communiqué de VNF. À l’issue des concessions actuelles, ce sont donc de nouvelles filiales de VNF qui pourraient être créées pour concéder ces ports. Avec, pourquoi pas, la participation d’autres acteurs publics comme c’est le cas pour les syndicats mixtes ouverts ?









