L’aéroport de Vatry, victime collatérale de la taxe « petits colis »

L’aéroport de Vatry, renommé « XCR Airport » en 2024, s’est fait une spécialité des vols cargo et de la logistique aérienne liée au e-commerce. Cette activité, cependant, est très fortement impactée par la taxe sur les petits colis mise en place depuis mars dernier.

En 2024, comme en 2025, le fret avionné a concerné 11 000 tonnes à Vatry. L’objectif affiché pour l’année 2026 était de doubler ce chiffre et de dépasser 20 000 tonnes. « En janvier et février, nous étions dans une bonne dynamique avec 16 vols cargo par semaine et un trafic de 4 000 tonnes », explique Fabrice Pauquet, le directeur de XCR Airport, le nom commercial pris par l’aéroport de Vatry il y a deux ans. « Mais depuis le 1er mars, notre activité s’est réduite à deux vols import par semaine. Avec la taxe sur les petits colis, nous avons pris une grosse claque. »

Cette taxe de 2 euros sur les petits colis entrant en France depuis un pays extérieur à l’Union européenne met un coup d’arrêt à la récente dynamique de l’aéroport de Vatry, dont l’activité a toujours été fluctuante et pour lequel les colis du e-commerce en provenance de Chine semblaient constituer une vraie piste de développement.

Un aéroport spécialisé dans le cargo

Du fait de la proximité des aéroports parisiens et de la gare TGV de Reims, il a toujours été difficile d’attirer les vols passagers à Vatry. Pour le fret, en revanche, l’aéroport jouit d’avantages indéniables : proximité de Paris, piste longue de 4 km pouvant accueillir les plus gros avions et ouverture 24 heures sur 24 du fait de sa localisation au milieu des champs, avec très peu de riverains aux alentours.

Pour autant, et comme les autres aéroports de province, Vatry est très loin d’arriver à rivaliser avec Roissy : avec 1,9 million de tonnes en 2025, l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle représente, à lui tout seul, 80 % du fret traité par l’ensemble des aéroports français. La plateforme marnaise pointe, elle, modestement à la onzième place nationale en matière de tonnes avionnées. À l’échelle régionale, elle prend la deuxième place derrière l’aéroport international de Bâle-Mulhouse, qui est quatrième au niveau national avec 56 000 tonnes, devancé de peu par Paris-Orly et Marseille-Provence.

Seulement deux vols par semaine

Spécialisé dans le fret aérien, XCR Airport dispose de 12 000 m² d’entrepôts. Il a réalisé 7 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2025 et a obtenu 1 million d’euros de subventions en 2026 de la part du Département de la Marne et de la Communauté d’agglomération de Châlons-en-Champagne.

Cependant, les perspectives sont clairement en berne pour l’année en cours, les opérateurs ayant quitté l’aéroport de Vatry pour faire atterrir leurs avions dans des aéroports de pays voisins. Ce report de trafic a notamment profité à l’aéroport de Liège, en Belgique, spécialisé lui aussi dans les vols cargo avec 1,3 millions de tonnes l’an dernier et des volumes en hausse de 11 % sur le seul mois de mars. Les deux seuls vols hebdomadaires restant à Vatry sont eux aussi en sursis, le donneur d’ordre, le e‑commerçant chinois Temu, envisageant de rediriger les flux vers l’aéroport de Milan-Malpensa.

Camionnage vers la Belgique pour le dédouanement

« L’opérateur de dédouanement, Shaoke, veut continuer de travailler avec XCR pour la qualité du service rendu, mais le fret qui atterrit à Vatry est palettisé ici, part en camion en Belgique pour être dédouané avant de revenir en France, explique Fabrice Pauquet. Cela évite la taxe de 2 euros par colis, alors que l’aller-retour en Belgique ne coûte que 3 centimes par colis environ. »

Si Vatry a réussi à garder, pour l’instant, ces deux vols hebdomadaires, c’est que l’activité import liée au e‑commerce a été consolidée en trouvant des solutions export pour les vols repartant à vide vers l’Asie, avec en moyenne 25 à 30 tonnes par vol. Tout dépend, à présent, du soutien de Temu à ce schéma logistique, prévient Fabrice Pauquet, qui craint que l’activité cargo de Vatry ne s’arrête dans les prochaines semaines, menaçant une vingtaine d’emplois sur les 95 que compte l’aéroport.

Une taxe massivement contournée

Le détournement de la taxe petit colis en faisant atterrir les avions en Belgique, ou en allant y faire dédouaner par une noria de camions les marchandises ayant débarqué dans les aéroports français, met à mal l’efficacité de la taxe sur les petits colis.

Ce contournement du dispositif a été constaté dès sa mise en place. Auditionné le 13 mars par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, le directeur général des douanes, Florian Colas, a admis que 90 % des volumes concernés se sont déportés vers des aéroports de pays voisins, le volume de déclaration ayant chuté de 500 000 par jour à 50 000. Dans ces conditions, la taxe « petits colis » ne rapporte à l’État que 2,3 millions d’euros par mois, alors que la loi de finance promulguée le 19 février dernier estimait des recettes pour l’État à hauteur de 400 millions d’euros pour l’ensemble de l’année 2026, soit un différentiel d’un facteur 15 par rapport à ce qui était espéré.

Vers une réponse européenne ?

Le gouvernement a pris, le 23 mars, un arrêté qui permet aux douanes françaises de « constater et sanctionner d’éventuelles non‑conformités aux normes applicables », y compris après l’entrée sur le territoire national de marchandises ayant transité par un autre État membre de l’Union européenne. Cela ne concerne néanmoins que le contrôle de conformité et non la concurrence entre plateformes aéroportuaires. Ni le déplacement vers l’Europe de la logistique des géants chinois du e‑commerce avec la création d’entrepôts sur le sol européen, ce qui était l’un des buts de la taxe.

Pour cela, le gouvernement compte sur l’action de l’Union européenne avec « l’instauration, dès le 1er juillet 2026, d’un droit de douane forfaitaire de 3 euros par colis » et « la mise en place d’une taxe de 2 euros sur les petits colis à l’échelle européenne, au plus tard le 1er novembre, qui prendra le relais du dispositif national ». Cela concerne un volume de 4,6 milliards de colis d’une valeur inférieure à 150 € entrés dans l’UE en 2024, dont 91 % en provenance de Chine. À l’échelle de la France, ce sont 800 millions d’articles qui ont ainsi été importés cette même année, d’une valeur moyenne de 6,40 € d’après les statistiques produites par la direction des douanes. Le prix médian est plus faible encore, puisqu’un article sur deux a une valeur inférieure à 3,40 €.

Pour en savoir plus :
« Les « petits colis » : 800 millions d’articles importés par an, la moitié d’une valeur inférieure à 3,4 euros »

Direction générale des douanes et droits indirects / Département des statistiques et des études du commerce extérieur, Décembre 2025

 

Photo : © XCR Airport