ULS construit ses bateaux pour des livraisons urbaines à Paris, Rouen et Mulhouse

L’entreprise alsacienne, déjà présente à Strasbourg et Lyon, construit de nouveaux bateaux pour dupliquer à travers la France son modèle de transport fluvial de marchandises jusqu’au cœur des centres urbains, avec des livraisons par vélo cargo pour le dernier kilomètre.

En octobre dernier, Urban Logistic Solutions (ULS) remportait les deux appels à projets lancés par Haropa, le grand port fluvio-maritime de l’axe Seine, pour l’exploitation de deux quais à Paris et Rouen. Dans les deux cas, il s’agissait de « promouvoir le transport fluvial comme alternative au transport routier et favoriser des solutions innovantes de livraison décarbonée du dernier kilomètre. »

ULS a donc obtenu, pour une durée de 15 ans, des conventions d’occupation temporaires pour un quai à Rouen et trois quais à Paris. Les bateaux apportant les marchandises depuis la périphérie des villes et les vélos cargos assurant les livraisons du dernier kilomètre devraient y entrer en action à la fin de l’année.

Ce sera également le cas à Mulhouse, où ULS chargera ses bateaux depuis un entrepôt de 2 000 m² à l’Île-Napoléon (Euro Rhein Ports) et déchargera les marchandises sur vélo en centre-ville, quai d’Isly, face à la gare, au terme de 40 minutes de navigation.

Des débuts strasbourgeois

Manutention de conteneurs ULS sur le quai des Pêcheurs à Strasbourg ; Photo : ULSL’entreprise créée en 2019 à Strasbourg par Thomas Castan y a débuté son activité l’année suivante, après avoir remporté un appel d’offres de Voies navigables de France (VNF) et de l’Eurométropole. Le trajet commence en bateau entre le port du Rhin et le quai des Pêcheurs, au centre-ville, puis continue à vélo pour la livraison des colis sur le dernier kilomètre.

Travaillant précédemment dans la métallurgie, Thomas Castan a imaginé ce schéma logistique en 2017, lorsque les premières interdictions de circulation des poids lourds ont été envisagées dans le centre de Strasbourg. Les premières marchandises débarquées quai des Pêcheurs sont des matériaux de construction pour des travaux de voirie.

Puis une implantation à Lyon

Propriétaire d’un entrepôt de 25 000 m² au port du Rhin, précédemment utilisé pour le transport de l’acier, Thomas Castan étend ce schéma logistique fluvio-cycliste à des flux variés, notamment la livraison de colis pour Geodis et la collecte de cartons à recycler en fret retour.

En 2022, ULS remporte un nouvel appel d’offre lancé par la ville de Lyon et la Compagnie nationale du Rhône. Chargé au port Édouard-Herriot, où ULS dispose d’un entrepôt de 10 000 m², le bateau débarque les vélos-cargos au pied du pont Morand, à deux pas de l’hôtel de ville de Lyon. Là encore, le logisticien Geodis est un des premiers donneurs d’ordres pour ces transports. Parmi les destinataires, on compte aussi les cafés et restaurants de la ville, auxquels ULS a livré 2 000 t de boissons en 2025.

Un chantier naval au Portugal

L’implantation à Mulhouse était attendue de longue date. ULS prévoit de la concrétiser avant la fin de l’année et vise même un tir groupé avec le démarrage simultané de ses activités à Paris et à Rouen fin 2026. L’entreprise strasbourgeoise a mis les moyens pour cela, avec l’acquisition en 2023 d’un chantier naval au Portugal afin de concevoir et fabriquer ses propres bateaux, plutôt que d’adapter des unités existantes.

Ces porte-conteneurs urbains peuvent embarquer jusqu’à 600 boîtes dont les dimensions, 120 x 80 cm, s’adaptent à des multiples types de marchandises. Les bateaux conçus par ULS sont modulables. Avec les mêmes éléments construits au chantier de Lisbonne sont assemblés des bateaux de tailles différentes : pour Mulhouse, un bateau de 20 m de long et 5 m de large, adapté à la largeur des écluses du canal du Rhône au Rhin ; pour Paris, un bateau de 40 m de long et 10 m de large, plus adapté aux conditions de navigation sur la Seine et à la taille du marché des livraisons urbaines dans la capitale.

Une motorisation électrique

Le premier bateau de la série, destiné à naviguer dans Paris, est en cours de motorisation électrique. Le second sera aussi inauguré dans le courant de l’été et naviguera à Mulhouse. Suivront des bateaux pour Rouen, puis pour Strasbourg et Lyon, en remplacement des unités qui y sont déjà exploités.

« Nous avons lancé les services à Strasbourg et Lyon en adaptant des bateaux existants, rappelle Thomas Castan. Désormais, nous aurons des bateaux modulables, dessinés spécifiquement pour notre activité, et dotés de grues de type portuaire, dimensionnées pour la manutention très rapide des vélos chargés. »

Démarrage dès juillet entre Charenton et Paris

L’objectif d’ULS est de démarrer dès la fin juillet les transports au départ de la plateforme de 5 000 m² située à Charenton (94), aux portes de Paris. De là, le bateau n’aura que 8 km à naviguer pour débarquer les vélos cargos au pied du pont Alexandre-III, à deux pas des Champs-Élysées. À bord : de la farine, des boissons, des colis ou encore des fournitures de bureau. Un deuxième bateau est prévu début 2027 pour ouvrir une deuxième ligne depuis Charenton à destination du port de Javel, afin de desservir l’Ouest parisien.

« On aimerait avoir un troisième quai de déchargement dans Paris, auquel on affecterait un troisième bateau », projette Thomas Castan, qui a déjà obtenu des autorisations pour sept quais dans différentes villes et a des demandes en cours pour 21 autres emplacements bord à voie d’eau. ULS, dont Thomas Castan est actionnaire à hauteur de 90 %, négocie avec des banques pour sa future salve d’investissements.

« Pour réaliser ces projets, il nous faudra de nouveaux bateaux, prévoit le patron d’ULS. Nous poserons donc cet été la première pierre d’un nouveau chantier naval à Strasbourg, où notre plateforme dispose d’un quai privé d’une longueur de 500 m. »

Logistique cyclo-fluviale contre cyclologistique

Après les bateaux, ULS s’attelle aussi à la conception de son propre modèle de vélo, dont les premiers prototypes sont encore en cours d’amélioration. Pour autant, Thomas Castan ne croit pas à une logistique utilisant uniquement des vélos cargos : « La cyclologistique ne répond pas aux besoins économiques, ni aux besoins écologiques, affirme-t-il. C’est un sujet qui suscite beaucoup d’attentes, mais les vélos ne remplaceront jamais totalement les camions, car les plateformes de tri et de massification des flux sont trop éloignées des centre-villes pour les faibles capacités d’emport et autonomies des vélos. À Strasbourg par exemple, les plateformes logistiques en périphérie de la ville sont trop éloignées pour des livraisons à vélo. Depuis le port du Rhin, il y a 20 à 30 minutes de trajet jusqu’au premier point de livraison en centre-ville : économiquement, ça ne fonctionnerait pas. Certains imaginent de pallier cet inconvénient avec des espaces logistiques urbains, c’est-à-dire des entrepôts situés en centre-ville pour que les vélos aient moins de distance à parcourir. Or, ces plateformes déportées sont toujours alimentées par camion ; cela ne règle donc pas tous les problèmes de congestion urbaine. »

« Nous avons construit un modèle rentable, résume le fondateur d’ULS, qui concerne toutes les marchandises depuis les colis jusqu’aux palettes, qui est industrialisé pour s’adapter aux énormes quantités de marchandises entrant dans les métropoles et qui est intégré, car tous nos opérateurs sont salariés en CDI. Ce modèle peut s’adapter à un très grand nombre de villes, la plupart étant construites autour des fleuves et rivières. »

 

Photos : © ULS