Aéroport de Strasbourg : de nouvelles surfaces logistiques

Avec un nouvel entrepôt mis en service en mars par CEVA pour la logistique pharmaceutique, et des surfaces disponibles pour de futures implantations, l’aéroport de Strasbourg Entzheim a les capacités de faire décoller l’activité fret aérien.

La zone logistique de l’aéroport de Strasbourg-Entzheim va s’étendre : une parcelle de 4 hectares, située à proximité immédiate des pistes, fait l’objet d’un appel à projets pour l’attribution d’une convention d’occupation temporaire du domaine public. Cette autorisation d’installation de très long terme vise à accueillir sur le site aéroportuaire « un projet économique cohérent avec la stratégie de l’aéroport, favorisant les activités industrielles, technologiques, artisanales ou de production, contribuant au développement économique local, renforçant l’attractivité de la plateforme ».

La préférence va à une implantation logistique présentant « un lien fonctionnel avec l’activité aéroportuaire, sans que ce critère ne revête un caractère impératif », précise l’aéroport.

La relance de l’activité logistique serait en effet intéressante pour Strasbourg-Entzheim, qui souffre davantage de la concurrence des aéroports voisins de Karlsruhe/Baden-Baden et surtout Mulhouse-Bâle pour le fret qu’elle n’avait pâti de celle du lancement de la ligne à grande vitesse Strasbourg-Paris pour le transport de passagers. Avec 1,3 million de passagers en 2025, l’aéroport de Strasbourg-Entzheim signe une cinquième année consécutive de progression et a dépassé son niveau d’activité de 2019. Il reste loin, cependant, des 2 millions de passagers du début des années 2000, avant l’arrivée du TGV à Strasbourg.

Fret avionné en berne

Côté fret, en revanche, l’activité de l’aéroport situé dans la partie sud-ouest de l’agglomération strasbourgeoise est en déclin. Après une baisse de 27 % en 2023 et 29 % en 2024, le fret avionné de Strasbourg-Entzheim a encore diminué de 79 % en 2025, concernant seulement 9 tonnes. Dans le même temps, le fret camionné se maintient à près de 27 000 tonnes.

Cette baisse de l’activité fret de Strasbourg-Entzheim peut s’expliquer par la proximité des aéroports de Bâle-Mulhouse et de Karlsruhe/Baden-Baden, mais aussi par la desserte de l’aéroport par des compagnies low-cost : « Il y a la possibilité pour les compagnies de proposer du fret avionné, mais l’aéroport accueille beaucoup de vols Volotea, indique Valentina Appercé, directrice du développement territorial et de l’attractivité de l’aéroport de Strasbourg. Or, les compagnies low-cost ne sont pas friandes de la combinaison de fret et de passagers sur un même vol : c’est plutôt le cas des compagnies legacy, comme Air Algérie par exemple. »

Nouvel entrepôt CEVA

L’activité logistique, pourtant, se développe sur la plateforme aéroportuaire. En témoigne la mise en service, en janvier dernier, d’un deuxième entrepôt CEVA Logistics. La filiale logistique de l’armateur marseillais CMA CGM y exploite déjà un premier entrepôt depuis 2024, acquis lors de la reprise par CEVA de l’activité logistique de Bolloré.

Ces entrepôts, cependant, génèrent très peu de fret avionné. L’activité principale est le stockage de produits palettisés pour le laboratoire pharmaceutique Lilly France, dont le site de production de Fegersheim est à seulement quelques kilomètres de l’aéroport. Les expéditions par avion se font principalement au départ d’autres aéroports, notamment Bâle-Mulhouse. Les marchandises quittent alors Strasbourg-Entzheim par la route sous lettre de transport aérien : il s’agit de fret aérien camionné et non avionné.

40 hectares disponibles

Au-delà de l’appel à projets pour la zone de 4 hectares, qui court jusqu’en juin prochain et concerne une parcelle immédiatement constructible, de nouvelles surfaces vont bientôt être disponibles pour l’installation d’entreprises. Une zone de 40 hectares, en effet, devrait prochainement agrandir le périmètre de la concession aéroportuaire.

Les procédures administratives entrent dans leur phase finale, la modification des documents d’urbanisme étant nécessaire pour ces anciens terrains militaires qui servaient au stockage des avions Mirage F1 de l’armée de l’air. L’aéroport a, en effet, eu un double rôle, civil et militaire, jusqu’à la fermeture en 1994 de la base aérienne 124.

La phase de commercialisation de cette surface de 40 hectares pourrait débuter en 2027. Leur attribution se fera-t-elle en priorité à des entreprises utilisant les possibilités de fret aérien offertes par Strasbourg-Entzheim ? « C’est une question qui se pose, admet Valentina Appercé. Cela pourrait être un critère qui ferait la différence pour l’obtention d’une amodiation dans le périmètre de notre concession. L’aéroport est une infrastructure rare, dont il serait dommage de ne pas profiter. Mais nous n’avons pas non plus assez de demande pour attendre indéfiniment l’installation d’un logisticien qui ne ferait que du fret aérien. »

Photo aérienne de l’aéroport de Strasbourg-Entzheim : © IGN