« Comprendre la logistique pour mieux agir dans mon territoire »

À quelques semaines des élections municipales, l’ORT&L Grand Est a organisé un webinaire sur les leviers dont les collectivités locales peuvent disposer, en matière d’activités logistiques, pour faire en sorte qu’entrepreneurs et élus prennent chacun mieux en compte leurs contraintes et attentes respectives.

Webinaire ORT&L “Comprendre la logistique pour mieux agir dans mon territoire”Collectivités locales, élus, services techniques, acteurs économiques ou simples citoyens : le webinaire proposé par l’Observatoire régional transports et logistique (ORT&L Grand Est) le 12 janvier 2026, quelques semaines avant les élections municipales et intercommunales, s’adressait à tous ceux qui s’intéressent à l’implication des politiques publiques locales sur le secteur des transports et de la logistique.

« Nous sommes régulièrement interpellés par des acteurs du secteur de la logistique, mais aussi par certains acteurs publics qui déplorent qu’un trop grand nombre d’élus et de services techniques des collectivités locales connaissent mal la réalité de la logistique et de ses enjeux », expose Laurent Guoli, président de l’ORT&L Grand Est, en ouverture du webinaire.

Sensibiliser, produire et partager des connaissances

« Ce besoin de sensibilisation des acteurs des territoires est notamment ressorti lors de la Conférence régionale du fret et de la logistique que nous avions organisée aux côtés de l’État et de la Région Grand Est il y a trois ans, poursuit-il. Cette sensibilisation constitue un axe majeur de travail de l’ORT&L, qui a vocation à produire et partager des connaissances dans le monde du transport de marchandises et de la logistique, mais a aussi pour mission de favoriser l’échange, le partage et la mise en commun des bonnes pratiques en faisant dialoguer l’ensemble des acteurs publics et privés. »

Acculturer les collectivités à la logistique

Le lien entre élus locaux et entreprises travaillant aux activités logistiques est essentiel au bon fonctionnement du secteur, explique Lionnel Pommier, animateur régional en transition énergétique des mobilités au sein de l’AFTRAL, qui mesure au quotidien l’amélioration des rapports entre édiles et responsables d’entreprises : « Les élus locaux, dans les zones plus industrialisées, connaissent les enjeux des transports et de la logistique, mais ailleurs, il y a encore beaucoup de travail pour acculturer les collectivités locales à ces questions. Il y a encore beaucoup d’aprioris et de méconnaissances. Du côté des entreprises, ce qui pose d’abord problème, c’est la visibilité réglementaire. Il faut donner aux investisseurs des perspectives pour les aider à faire les bons choix. À travers les plans d’urbanisme, les élus ont la possibilité de proposer aux entreprises souhaitant s’implanter des terrains adaptés aux activités logistiques. C’est d’une importance capitale, d’autant qu’avec le “zéro artificialisation nette” (ZAN), on va commencer à manquer de foncier. »

Un environnement de travail compatible ?

L’implantation d’une nouvelle entreprise sur un territoire est un moment crucial, où tous les enjeux doivent être posés sur la table en amont de la prise de décision. Thierry Allègre, directeur support des opérations de Martin Brower, qui assure la distribution de 1 600 restaurants McDonald’s en France, explique comment son entreprise a pris la décision d’établir son activité à Rosières-aux-Salines, près de Nancy. « Dans une logique d’implantation, il faut d’abord bien s’assurer qu’on est au croisement de grands axes de circulation pour être efficace dans les transports », explique-t-il.

Il souligne l’importance d’avoir de bons contacts au niveau de la collectivité locale et une bonne perception par les riverains et habitants du territoire : « nous devons nous assurer que nous sommes attendus. L’intérêt pour les implantations d’entreprises et les créations d’emplois peuvent vite s’amenuiser dès que l’on précise qu’il s’agit de logistique. Dans le sud-ouest de la France, par exemple, nous cherchions il y a quelques années à nous implanter et les collectivités rencontrées nous ont clairement fait savoir qu’elles accueilleraient volontiers des activités de bureau, mais que pour la logistique, c’était non ! Il faut bien s’assurer que l’environnement de travail est compatible avec notre activité, y compris la nuit, notamment en ce qui concerne le bruit que peuvent faire les poids lourds, surtout ceux équipés de groupes frigorifiques. »

Un soutien essentiel des collectivités locales

Le soutien des collectivités locales, essentiel à l’acceptabilité des activités de logistique poids lourds, est aussi très important pour l’implantation d’activités de livraison urbaine utilisant les vélos cargos. C’est le constat fait par Kooglof, association créée en 2021 par des coursiers pour constituer une alternative à l’ubérisation des livraisons de repas, qui a rapidement étendu son activité à des livraisons urbaines à vélo. « Ce passage à la cyclologistique a nécessité d’investir dans des vélos cargos », indique un des coursiers participant à l’aventure Kooglof depuis ses débuts. « Nous avons eu pour cela un bon accueil des collectivités, en particulier l’Eurométropole de Strasbourg qui nous a soutenu avec un accompagnement matériel, financier et humain. Les échanges avec les logisticiens traditionnels sont plus difficiles, mais une fois que les acteurs ont connu les faibles coûts et les avantages de la cyclologistique pour le dernier kilomètre, ils ne reviennent pas en arrière ! »

Un rapport de préconisations remis au gouvernement pour une logistique urbaine plus durable

Remise du rapport logistique urbaine durable par Anne-Marie Idrac et Anne-Marie Jean aux ministres des transports et du commerceAprès ces témoignages d’acteurs du secteur, le webinaire s’est poursuivi avec l’intervention d’Anne-Marie Jean, vice-présidente de l’Eurométropole de Strasbourg en charge de l’économie et de la logistique urbaine et présidente du Port autonome de Strasbourg. Elle a évoqué le rapport sur la logistique urbaine durable sur lequel elle a travaillé aux côtés d’Anne-Marie Idrac (ancienne secrétaire d’État aux transports sous le gouvernement Juppé), d’Antoine Robichet (directeur de projet fret et logistique au ministère des transports) et Ivan Slastanova (responsable logistique urbaine au GART, l’association des autorités organisatrices des mobilités).

Le rapport n’ayant été remis aux ministres des transports et du commerce que le 5 février, Anne-Marie Jean n’a pu en dévoiler tout son contenu le 12 janvier mais a quand même livré les grandes recommandations formulées dans le cadre de cette mission confiée par le gouvernement. Celle-ci fait suite à un premier rapport établi par les mêmes autrices en 2021, là aussi à la demande du gouvernement.

« Le ministère des transports nous a demandé de faire un point d’avancement et de transmettre de nouvelles propositions », explique Anne-Marie Jean, qui souligne que « la logistique urbaine est à la croisée de très nombreuses politiques publiques et que de nouvelles contraintes sont apparues : rareté du foncier avec le “zéro artificialisation nette”, mise en place des zones à faibles émissions, développement très fort des livraisons à domicile depuis le covid par exemple. »

Anne-Marie Jean a également souligné les dynamiques positives qui ont émergé depuis 2021 avec, par exemple, le développement de la cyclologistique, des programmes d’accompagnement pour aider les collectivités à monter en compétence, à mettre en place des démarches locales partenaires et à mobiliser les professionnels.

Le rapport émet 15 nouvelles recommandations regroupées en cinq thématiques : « un travail sur la gouvernance pour mieux travailler aux différentes échelles nationale, régionale et locale ; la formation pour doter chacun des bonnes compétences et faire que les élus et les professionnels comprennent leurs contraintes respectives ; la connaissance en construisant des indicateurs pour s’adapter aux changements rapides comme la montée du e-commerce ; le foncier en sécurisant des espaces logistiques proches du centre-ville pour améliorer le dernier kilomètre ; et enfin l’accélération sur le développement de transports sobres et décarbonés, en jouant à plein le levier de la commande publique pour soutenir les entreprises les mieux-disantes sur ce sujet. »

Des formations adaptées aux différents acteurs de la logistique urbaine

Formations InTerLUD aux acteurs publicsCe besoin de montée en compétence pointé par le rapport a suscité, au sein du programme CEE InTerLUD+ consacré à la logistique urbaine durable, le développement d’une offre de formation spécifique. Hannane Djafri Hundsinger, chargée d’études en logistique urbaine durable au Cerema, présente par exemple la formation “engagement volontaire en faveur de la logistique urbaine”, qui vise à donner aux techniciens des collectivités les clés pour impulser localement des programmes de logistique urbaine durable. Une autre formation, d’une journée seulement, organisée sur demande, concerne la cyclologistique. La troisième concerne l’intégration de la logistique dans les projets d’aménagement urbain dès le début de leur conception. La quatrième démarrera après les prochaines élections municipales : il s’agit, là aussi en une journée, d’apporter le maximum de connaissances sur la logistique urbaine aux élus pour les sensibiliser à ses enjeux et identifier des leviers d’action. Enfin, d’autres formations sont prévues pour les acteurs économiques, que l’on peut découvrir sur le site web du programme InTerLUD+.

La logistique vitale au fonctionnement des territoires

Marie Breton, déléguée générale Grand Est et Bourgogne-France-Comté de l’Union TLF, est également intervenue pour porter le message commun des organisations professionnelles du secteur de la logistique et des transports : « La logistique et le transport de marchandises ne sont pas seulement des contraintes, ce sont surtout des fonctions vitales pour les territoires. Il n’y a pas de politique locale efficace sans prise en compte de la logistique, activité indispensable au quotidien, qui porte des emplois non délocalisables et conditionne l’attractivité des territoires. »

La petite équipe animant l’ORT&L donne rendez-vous après les élections des 15 et 22 mars 2026 pour de nouveaux temps d’échanges autour de la logistique dans les territoires, dans le cadre de ses propres actions ou en partenariat avec d’autres acteurs convaincus du besoin de sensibilisation et de partage sur ces sujets clés pour la vie locale.

Voir ou revoir le webinaire

Le webinaire complet, d’une durée de 50 minutes, est disponible en intégralité sur la chaîne YouTube de l’ORT&L et ci-dessous :

 

Photo : © ORT&L Grand Est