Le Grand Est au cœur de la belle croissance du transport combiné rail-route

La journée du transport combiné, organisée par le GNTC, a montré la bonne dynamique du rail-route au niveau national. Bien représenté lors de cet évènement, le territoire du Grand Est y participe activement avec plusieurs nouveaux services desservant notamment Metz.

Carte des nouveaux trafics combinés rail-route entre janvier et octobre 2026 (SNCF Réseau)Sept nouvelles lignes de transport combiné ont vu le jour au cours des neuf premiers mois de l’année 2026 : c’est ce qu’a annoncé SNCF Réseau au cours de la journée du transport combinée, qui était organisée à Paris le 6 octobre 2026 par le Groupement national du transport combiné (GNTC). En regardant la carte de ces trafics récemment mis en place, le Grand Est, et Metz en particulier, apparaissent au centre de ce fort développement, puisque pas moins de quatre de ces lignes nouvelles en font une étape. Ainsi, le Barcelone – Duisbourg du transporteur suisse Hupac passe par Metz, de même que le Lyon – Dunkerque du français Delta Rail, le Candiolo (Italie, Turin) – Malines (Belgique) de l’italien Ambrogio et le Valenton – Lehrte (Allemagne, Basse-Saxe) du français Naviland Cargo. Ces ouvertures ou prolongations de lignes mettent ainsi le Grand Est en bonne place sur la carte du transport combiné français.

À l’échelle nationale, le rail-route connaît une forte croissance : les 24 milliards de tonnes-kilomètres enregistrés en 2025 par l’Observatoire du transport combiné correspondent à une augmentation de 3,2 % depuis 2025, surtout portée par les flux nationaux. Ceux-ci sont en croissance de 19 % par rapport à 2022, tandis que les flux internationaux reculent de 32 % sur la même période.

Évolution des tonnes-km du transport combiné rail-route en France entre 2021 et 2025 (GNTC)« Les niveaux de 2022, année de référence, n’ont pas encore été retrouvés, rappelle Aurélien Barbé, délégué général du GNTC. Mais depuis les grèves qui ont fait de 2023 une année très compliquée, le transport combiné croît très régulièrement. »

Qualité et maillage des infrastructures : socle indispensable au développement du multimodal

Si la croissance se fait en France, et moins à l’international, c’est que le réseau français le permet, souligne Matthieu Chabanel, PDG de SNCF Réseau. « Les chiffres de progression du combiné sont trois à quatre fois plus élevés que le taux de croissance du PIB », relève-t-il.

Cette performance, mise en avant par le patron de l’infrastructure ferroviaire nationale, bénéficie de la croissance des investissements consacrés à la rénovation du réseau, qui passeront à 4,5 milliards d’euros par an à partir de 2028. Avec des travaux qui se font de jour sur les grands axes fret, afin de ne pas gêner les trains qui circulent surtout la nuit : l’exemple emblématique de ce changement est la rénovation complète des voies de la rive droite du Rhône, chantier ferroviaire le plus important de l’année avec 250 millions d’euros investis.

Des investissements seront aussi nécessaires pour la création de nouvelles plateformes, en particulier dans les zones d’échange entre rail, fleuve et route. C’est le cas en Grand Est, comme l’explique Philippe Virtel, président du groupe de transport vosgien MGE, qui intervenait aussi au cours de la journée organisée par le GNTC : « Les terminaux ferroviaires de la région sont concentrés autour de quelques grandes villes, en dehors desquelles les expéditeurs ou réceptionnaires de marchandises ont peu de solutions viables en combiné rail-route. Or, le transport routier est aujourd’hui confronté à trois défis : l’augmentation des coûts énergétiques, la taxation carbone du transport routier et la taxation kilométrique. ». Philippe Virtel fait ici référence à l’Éco-contribution poids lourds, qui entrera en vigueur en Grand Est le 2 avril prochain et dont les modalités de mise en œuvre viennent d’être adoptées par le Conseil régional le 15 octobre dernier : « Chaque transport vrac de la région parisienne à l’Alsace augmentera de 100 euros. Dans notre groupe, l’activité rail-route représente encore une faible portion de notre chiffre d’affaires, mais tout est prêt pour pouvoir accélérer, car nos équipes ont ce savoir-faire. Cette accélération vers le combiné va être une nécessité pour toutes les entreprise faisant du transport au-delà de 400 km. »

Fluvial et ferroviaire doivent être complémentaires

La journée du transport combiné s’est aussi intéressée au transport fluvial, et spécialement aux conteneurs maritimes transportés en navigation intérieure. Les chiffres sont moins bons que pour le ferroviaire : le combiné fluvial a décroché de 8,6 % en 2025. Avec seulement 519 000 équivalents vingt pieds (EVP) chargés sur barge, cela représente une baisse de 14 % par rapport à 2022.

Présidente de l’Association française des ports intérieurs (AFPI) et directrice générale du Port autonome de Strasbourg qui vient de célébrer ses 100 ans, Claire Merlin a souligné l’augmentation des investissements consentis sur l’ensemble des ports intérieurs pour la rénovation et la maintenance, mais aussi pour l’amélioration de la performance et le développement avec, par exemple, en ce qui concerne le port de Strasbourg, un troisième terminal à conteneurs. « Les entreprises, aujourd’hui, souhaitent limiter leur impact environnemental, rappelle-t‑elle. Elles viennent donc naturellement vers le fluvial. À nous de leur apporter des solutions de maîtrise des coûts, d’agilité et de fiabilité pour gagner la confiance des chargeurs et développer le report modal. »

« Au-delà de l’incitation au report modal, il faut aussi travailler sur la fiabilité et la complémentarité entre les modes pour en finir avec l’opposition entre ferroviaire et fluvial. » Un propos pleinement partagé par le GNTC qui invite les acteurs du ferroviaire à ne pas chercher à récupérer des trafics assurés par la voie d’eau mais plutôt à être en soutien, notamment lors des épisodes de crues ou de basses eaux, comme le bassin du Rhin peut connaître en cette année 2026.

 

Carte des nouveaux trafics combinés rail-route entre janvier et octobre 2026 : © SNCF Réseau
Évolution des tonnes-km du combiné rail-route entre 2021 et 2025 : © GNTC